A la lecture, “Ma Solange...” provoque - et ce pour la même raison - à la fois l’enthousiasme et le vertige : Noëlle Renaude n’offre aucune piste ou même esquisse de résolution scénique.
Au fil du texte, toutefois, quelque chose m’est apparu comme une évidence : tout est affaire de jeu. Jeu de piste, jeu de rythmes, jeu de sonorités, jeu de styles. Au centre du procédé, le jeu du comédien et la foule de questions y affairant.
Très vite, l’écriture oblige le comédien à adopter la bonne posture, “à même la langue”. Il n’est pas question ici d’incarnation, d’affects, de réalisme ou de psychologie de personnage. La profusion de situations, de figures, de types de narration, de points de vue, d’accents et de formes impose une rigueur musicale. L’écriture de Noëlle Renaude est un matériau foisonnant qui s’apparente à une partition, une partition minutieuse qui doit être déchiffrée et qui exige la virtuosité.
Les milliers d’histoires contées par les milliers de personnages (ici “êtres d’écriture”) de “Ma Solange...” donnent à entendre une “musique du monde”, comme un bourdonnement composé de la juxtaposition de nos petits désastres quotidiens.
Il n’est pas question, dans un tel travail, de chercher un sens mais d’en proposer une multitude.
François Gremaud






